N° 204 MARS 2021

Sommaire du N° 204 Claude Longre en compagnie de Jacques Rivoire

Dans les villages de la Région Rhône-Alpes, les batteurs au fléau rythmaient leur tâche en chantant une chanson de battage intitulée « Quand mon grand-père... ». Chaque strophe commence par une tâche : mon grand-père semait son avoine, la hersait, la roulait, la visitait, la fauchait, la battait (et j’en oublie), mais arrivé au moulin et au four, il « faisait moudre » et « faisait cuire ». La meunerie et la boulangerie étaient deux tâches confiées en principe à des artisans ou tout au moins à des spécialistes. C’était là la limite de cette autarcie qu’on a tôt fait d’attribuer à l’économie paysanne des temps passés !

Mais il faut « apporter de l’eau au moulin » ! Un ancien numéro de L’Araire, édité sous la direction de Jacques Rivoire, fournit, à propos des moulins situés sur plusieurs cours d’eau du Lyonnais, des tableaux assez impressionnants des périodes de chômage dues aux basses eaux, allant jusqu’à six mois, et bien rares sont ceux qui tournent toute l’année. La polyculture est la règle, chacun a besoin de farine ou de gruau pour la nourriture et celle de ses bêtes, et les moulins se suivent sur le moindre ruisseau, presque sur le moindre ru, attendant, pour faire tourner la roue, que l’écluse soit remplie, ce qui donne souvent un temps de fonctionnement très limité. Parcourez les articles qui suivent !

L’eau, qui s’écoule en surface dans nos terrains cristallins, est souvent l’objet de litiges entre les meuniers, qui captent l’eau dans leurs biefs, et les paysans, pour qui elle est nécessaire pour l’irrigation des prés. « Labourage ou pâturage », plus précisément nourriture des hommes ou du bétail. Il y aurait sans doute bon nombre de procès à trouver dans les archives. Il n’est que de parcourir les procès d’intention qui concernent le projet de construction du canal du Gier. Et Dieu seul sait l’utilité - la « multifonctionnalité », pour employer le langage des ruralistes - des moulins !

L’énumération faite à propos du canal du Gie rest éclairante. Si le projet aboutit, « plus de 20 paroisses se trouveront presque sans ressources pour faire moudre leur bled, surtout les pauvres qui n’ont pas les moyens d’avoir des grosses provisions ni des voitures pour porter le grain au moulin sont obligés de le porter au cou. Pour remplacer aussi une fabrique unique en France pour moudre les bois de teintures des Indes dont l’établissement a coûté des sommes considérables très utile aux teinturiers de toute espèce, des foulons pour les draperies, des moulins ou battoirs à chanvre et à huile et pour égruer l’orge et avoine nourriture très nécessaire aux travailleurs de terre, des batteries pour les écorces d’arbres propres aux tanneries dont voici l’énumération depuis Rive de Gier jusqu’à Givors » etc.

Il est intéressant de voir la relation étroite qui existe entre les moulins et les industries locales, en particulier l’indiennerie, qui connaît un grand succès à l’époque. On peut ajouter à cette énumération les moulins à martinets de forge et le moulinage du fil de soie, deux industries importantes de la région. N’oublions pas le sciage de long - mais ne commettons pas l’anachronisme de parler d’un à-côté réel : l’obtention du courant électrique domestique, en attendant l’électrification de la commune !

Mais aujourd’hui, ce qui nous fascine dans les moulins, outre la représentation traditionnelle, empreinte de mystère, dans les contes, les chansons, les gravures et les tableaux, c’est la beauté et le charme des lieux, que Jacques Rivoire évoque dans le numéro cité : « Cette enquête a été pour moi l’occasion de très nombreuses sorties champêtres et m’a conduit dans des lieux que j’ignorais complètement. Il est vrai que les moulins se cachent souvent sous la verdure, dans des coins écartés en bordure de rivière, ou dans de petites vallées où les routes ne pénètrent pas. Mais, presque toujours, la récompense valait bien le détour. Ainsi le moulin du Pêcher, situé en limite de Saint-Martin-en-Haut et de Duerne, est niché dans un petit vallon plein de verdure et de fraîcheur. Le moulins s’est arrêté de tourner en 1947. Le dernier meunier, M. Crozier de Saint-Martin-en-Haut l’a vendu à des citadins qui y coulent des jours heureux à la belle saison. »

Place maintenant à la lecture de ce numéro spécial, qui est, soulignons-le, destiné à accompagner l’exposition de l’Araire sur les Moulins en Pays Lyonnais. Après trois articles d’introduction, vous pourrez parcourir le pays du nord au sud et de l’est à l’ouest en quinze articles où s’égrènent quelques vingt villes et villages et où murmure un nombre correspondant de rivières et ruisseaux.


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