Revue de l'Araire - 221 juin 2025

N° 221 édito de Claude LONGRE

La guerre de 1939-1940, l'Occupation et la Libération ont fait l'objet dans notre revue de plusieurs articles (n°69 de janvier 1970 et n°121 de juin 2000) et d'un numéro spécial sur le soixantième anniversaire de la Libération, le n° 137 de juin 2004.

Vingt ans ont passé depuis cette dernière publication. Et après quatre-vingts ans, les souvenirs s'estompent, une bonne partie des témoins a disparu, de très jeunes enfants, de très jeunes adolescents d'alors ont pris la relève, et surtout, par un processus habituel, tous ces évènements ont été rangés dans les pages des livres d'histoire au même titre que ceux qui les ont précédés et suivis.


Dans ce numéro, vous pourrez lire des témoignages de contenus souvent très divers. Peut-être sera-t-on étonné de l'apparent mélange, voir du pêle-mêle des différents textes. Il y aura moins de récits sur la guerre, la Résistance, l'Occupation et la Libération que des souvenirs, ou même les "souvenirs de souvenirs" de ceux qui ont reveuilli plus tard la parole ou les enregistrements des disparus.

Après un rappel concis de la Libération dans le Pays Lyonnais, les témoignages s'échelonnent en suivant graduellement les époques rappelées par les témoins. Tout d'abord, souvenirs d'enfants à pein conscients de ce qui se passe autour d'eux, qui vont en grandissant jusqu'à la prime adolescence : cinq fillettes, puis quatre farçonnets. Les témoignages sont ordonnés de telle façon qu'on a le sentiment de la découverte progressive par les enfants du monde qui les entoure, un monde où se produisent d'abord des choses étranges, puis menaçantes, injustes, douloureses, jusqu'à la vision de la guerre et de la violence extrême. Le miroir des évènements est proche (la maison, la famille), puis s'élargit en reliant progressivement les choses familières à l'univers extérieur (les restrictions, les prisonniers, la famine, l'injustice, les aînés résistants...). En même temps, cette découvert est celle du monde, avec la fascination qu'il éveille chez tous les êtres, de la petite enfance à la veille des l'âge adulte : l'étonnement de voir le matériel militaire, les armes, les troupes des libérateurs, etc.

Les témoignages suivants nous font pénétrer dans la guerre proprement dite, mais toujours relatée de manière personnalisée. C'est peut-être là que l'on rencontrera vraiment la diversité que nous évoquions. Les gens de la terre, qui vivent difficillement, entre la production, les réquisitions, les nécessités du commerce : la vente de denrées alimentaires aux Allemands de passage, les vols dans les champs, et même la méfiance vis-à-vis de groupes de résistants dont les actions risquent de leur nuire ; le jeune contraint de se cacher pendant deux ans pour échapper à la STO ; la destruction de la maison familiale par les bombes ; l'arrestation, les tortures et l'exécution d'un ami de la famille ; le pillage, les violances, les massacres dans son propre village.

Mais l'inattendu de la vie parcourt et colore ces descriptions. Il y a toujours une anecdote, une bizarrerie, une réflexion drôle. C'est là peut-être que l'on découvre l'humanité chez l'autre, chez l'ennemi. Entre l'étonnement de la fillette qui voit un Allemand "poser culotte" au bord du chemin et constate, disons-le, une même condition humaire chez cet homme et chez elle, le petit garçon affolé d'avoir heurté un Allemand dans la foule et voit qu'il lui sourit, l'étudiante autrichienne qui est peut-être une espionne, le fusil qui tire tellement mal qu'il faut viser à côté du lapin, le bébé qui sauve la vie de son père en pleurant dans son lit... Et surtout la joie, la liesse de la Libération. Elle s'exprime d'autant mieux dans ces témoignages qui ont la naïveté du vécu. Le tragi-comique des chassés-croisés entre les informations : faut-il ôter les drapeaux tricolores ? Faut-il les remettre aux fenêtres ?

Les textes sur la guerre s'achèvent sur les combats destinés à retarder l'armée ennemie. Ce sont là des témoignages émouvants et inédits sur les dernières actions entreprises pour barrer la route du retour vers l'Allemagne nazie, dans les combarts du Batard au-dessus de la route venant de Givors, ainsi que les actions courageuses de la Résistance à Taluyers, suivant le témoignage enregistré de l'épouse d'un maquisard.

Une mention particulière sera accordée à l'histoire peu connue de la ferme-école des Eclaireurs Israélites de France établie à Taluyers, "peu à peu estompée de la mémoire du village". Episode émouvant et souvent dramatique de l'histoire de notre pays, qui put se terminer par le salut des jeunes hommes et femmes au prix de grandes souffrances dans le passage des Pyrénées. Mais nous vous laissons le lire.

Nous ne terminerons pas cette présentation sans souligner la valeur littéraire particulière de cet ensemble de textes, oeuvre de plus d'une vingtaine d'auteurs. Selon leur forme - enregistrement, texte personnel, bref souvenir, relation par un tiers de témoignages oraux - selon les styles très divers, les évocations des lieux familiers et des proches, qui donnent au lecteur l'impression de "connaître le pays", les confidences que laissent échapper parfois la candeur et la bonhomie de la personne, les jugements, la douleur, l'horreur, parfois la confiance et la joie qui s'expriment au fil des lignes, ce numéro de la revue traite dans une grande diversité d'un seul sujet : la Libération vue par ses témoins, toujours vibrante, quatre-vingts ans après.

Résumés des articles de la revue

En marche vers l'espoir

Par G. CHOLLET

À partir du 15 août 1944, l’oreille collée sur le haut-parleur de leur T.S.F. (Transmission Sans Fil – Poste récepteur de radio de l’époque), essayant malgré le brouillage de capter les émissions de la B.B.C. ou de la Radio Suisse Romande, de nombreux auditeurs du Pays Lyonnais apprenaient avec enthousiasme le débarquement des troupes alliées sur les côtes de Provence. C’était l’opération désignée sous le nom de code « Dragoon ». Elle fut précédée quelques semaines auparavant, le 6 juin 1944, par l’opération « Overlord » (débarquement en Normandie), qui suscita beaucoup d’espoirs.


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