Sommaire du N° 175
La recherche archéologique réserve des surprises. Ainsi, tel hameau paisible de la montagne de Vaugneray, que les randonneurs connaissent bien, possède dans son sol les traces d’un grand intérêt d’une mine de plomb argentifère exploitée au XVIe siècle. Les auteurs de l’article nous fournissent, outre des vues photographiques révélatrices, des plans, des schémas et des chiffres qui nous restituent la vie de cette mine à l’époque. En outre, un tableau comparatif la situe au sein des exploitations minières du Lyonnais, dont notre revue avait donné un aperçu, dans le cadre des connaissances de l’époque, dans son numéro 76 paru en 1989. Depuis, d’autres mines anciennes ont été explorées, et nous en avons ici un exemple éminent. Peu à peu, notre petite région dévoile son importance minière passée, en particulier en métaux précieux, dont l’exemple le plus connu jusqu’à présent était la mine d’argent de Pampailly, située entre Brussieu et Brullioles, qui permit au XVe siècle de renflouer le trésor royal, demandeur de métal blanc. Et on peut penser que le Lyonnais recèle encore d’autres trésors cachés dans ce domaine.
Nous quittons ensuite ces temps anciens pour arriver dans la sphère sociale du XVIIIe siècle. Deux articles, dont l’un traite des placements en nourrice dans trois villages proches de Lyon, et l’autre du brigandage qui sévit au début du siècle sur les grandes routes. Risquons-nous à dire que le point de départ de ces deux textes est la présence de la grande ville industrieuse, de ses ateliers et de ses richesses. En effet, pour ce qui est des placements en nourrice, les femmes sont prises par la contribution qu’elles apportent au travail de l’artisanat et du petit commerce, que l’auteur fait revivre à nos yeux, « négociants, marchands, (bouchers, épiciers, parfumeurs, cabaretiers, apothicaires, tailleurs d’habits, boulangers, chapeliers, chandeliers, etc.), des artisans, beaucoup vivant du travail de la soie, (passementiers, mouliniers, tireurs d’or, guimpiers…), cordonniers, charpentiers, affaneurs, crocheteurs, pelletiers, etc. », et l’enfant est confié aux familles nourricières de la campagne environnante. Il est certain d’ailleurs que ce n’est pas une spécificité de ce temps. Les plus âgés parmi nos lecteurs en auront eu des échos dans leur jeunesse, si ce ne fut pas, peut-être, leur propre cas. Certes, la mortalité de ces enfants paraît à nos yeux importante, mais elle est quand même plus faible que celle des enfants abandonnés, objets d’un article précédent paru dans notre numéro 171, en décembre 2012. N’oublions pas néanmoins la mortalité infantile des siècles passés, qui est énorme par rapport à celle de notre époque.
Quant au brigandage, il est lié évidemment au transport de marchandises précieuses partant de Lyon, carrefour de grandes routes. Nous suivons sur quelques années les courses incessantes de voleurs de grand-chemin qui fréquentent souvent les mêmes lieux, en particulier le pont de Buvet, près de Lentilly, propice aux attaques de voitures. Nous retrouvons à maintes reprises les mêmes tristes personnages et les repaires où ils se réfugient. L’insécurité est grande, les forces de police bien impuissantes, l’aide de l’Etat inexistante, et même si la punition est féroce, car on n’hésite pas à torturer, à pendre et à rouer, la criminalité ne diminue guère. Cela dit, le lecteur a le sentiment de parcourir les pages d’un de ces romans-feuilletons écrits cent ans plus tard, tel Les mystères de Paris, d’Eugène Sue, ancêtre des romans policiers d’aujourd’hui. Les sobriquets pittoresques parfois multiples des criminels, la complicité et la corruption des aubergistes, mêmes tenanciers d’établissements importants, le monde douteur de petits « fonctionnaires » qui n’hésitent pas à s’emparer de l’objet des rapines quand cela ne présente pas de risques, les courses effrénées sur les routes nocturnes et les passages de rivières dans les ténèbres nous plongent dans une atmosphère d’autant plus étonnante qu’elle émane de la réalité elle-même.
Le numéro s’achève sur un petit monde plus serein, même s’il est relativement marginal : celui des patis, des chiffonniers, dont le métier, largement disparu aujourd’hui, est resté si populaire dans les mémoires qu’il a gardé son nom en patois. Et l’un d’entre eux est un vrai roublard ! nous vous laissons le plaisir de faire sa connaissance dans nos lignes.
Résumés des articles de la revue
La mine du Soupat à Vaugneray
Par G. BONNAMOUR et R. BONNAMOUR
Observation archéologiques pour une mine de plomb et d’argent d’avant le XVIIe siècle en Lyonnais par messieurs G. BONNAMOUR et R. BONNAMOUR.
Vaugneray (69) se trouve au sein des Monts du Lyonnais, entité située au centre d’un contexte géologique riche en filons intégrant différents types de minerais.
Si aux XIXe et XXe siècles, de la pyrite, de la baryte et de la fluorine sont exploitées dans les Monts du Lyonnais, auparavant, c’est l’argent, le plomb et le cuivre qui intéressent les mineurs. Ainsi, au XVIe siècle, de l’argent et du plomb étaient déjà exploités sur le territoire de Vaugneray.
Les enfants mis en nourrice à la campagne
Par A. HERNOUD
André HERNOUD étudie la mise en nourrice d’enfants sur un siècle dans trois villages proches de Lyon. Ce sont des enfants d’artisans lyonnais, où souvent la femme doit travailler avec son mari, ainsi que ceux qui ont été recueillis par l’Hôtel-Dieu et la Charité. Les familles plus fortunées ont une nourrice à domicile. La mortalité suit les courbes de celle des adultes.
Attaques du Courrier de Lyon à Paris au pont de Buvet
Par G. PEILLON
Guy PEILLON nous rappelle qu’au même endroit, à huit mois d’intervalle, les brigands arrêtent le courrier de Lyon à Paris, pillent, dépouillent et assassinent.
Les recherches minutieuses de l’auteur nous font poursuivre les criminels dans un récit haletant, sur l’arrière-plan d’une répression aussi cruelle que dérisoire. Un bon aperçu de certains aspects du XVIIIe siècle.
Un chiffonnier peu éclairé
Par V. DEGORGUE
Victor DEGORGUE nous évoque un métier très humble qui a laissé des traces dans les mémoires.
Origine, généalogie et devenir d’une lignée de chiffonniers sur un demi-siècle. Une anecdote illustrant la rouerie de l’un d’eux fournit l’occasion d’« éclairer » le lecteur sur les règlements d’alors concernant l’éclairage des voitures.
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