Sommaire du N° 161
L’Araire vous invente aujourd’hui à diriger vos regards sur trois communes de l’Ouest lyonnais : Riverie, Thurins et Yzeron. La première et la troisième ont en commun d’être perchées sur la bordure occidentale des Monts du Lyonnais, chacune dans un site remarquable, piton ou rebord de plateau, sans vraiment, selon les démarcations territoriales et administratives, être rattachées aux Monts du Lyonnais stricto sensu, ce qui est aussi le cas de Thurins, dont le bourg est sis à une altitude certes moins élevée, mais dont les hauteurs suivent aussi la même ligne de faîte.
A Riverie, vous prendrez connaissance de deux « catalogues » différents en temps et en contenu, mais tous deux d’un intérêt certain. La revue s’ouvre sur l’histoire d’une bonne dizaine de croix de village, recueillie et composée par un érudit aujourd’hui disparu, qui a suivi avec patience les heurs et malheurs de ces symboles religieux qui ornent le village, marquent la chronique locale des lieux dits, des habitants et des artisans, et sont aussi, à leur manière, l’écho de l’histoire humaine.
De ces trois siècles récents (du XVIIe au XXe), toujours à Riverie, vous remontez d’un bond à la fin du Moyen-Age pour détailler attentivement les biens de « dame Béatrix de Layre, veuve de noble Antoine de Bron », lui-même feu baillivus ou châtelain de Riverie (termes éclaircis par l’auteur). L’inventaire est méticuleusement établi, de la vaisselle à la literie et jusqu’au bétail de la « grange ». Mais surtout, là où le profane se contenterait d’éprouver le plaisir que procure l’ « exotisme » d’un décalage séculaire, l’auteur souligne les questions qui se posent à l’historien spécialiste et invite par là même le lecteur à y réfléchir. Ainsi, alors que trop souvent peut-être, le public se trouve confronté à des documents bruts ou à des analyses aux conclusions impératives, il a la chance ici d’être conduit à une réflexion ouverte, ce qui, à mon sens, devrait caractériser le travail de l’historien.
Un petit saut vers le nord, et vous voici à Thurins, dans un cadre temporel très différent, complétant – elle me pardonnera cette remarque dénuée de raillerie – ce qui manque à dame Béatrix de Bron : elle n’a pas d’âne dans le dénombrement de son bétail ! Des recherches notariales permettent d’appréhender le cheptel asinien de Thurins sur plus de deux siècles. Certes, autant l’animal est humble, autant (ce n’est pas dit dans l’article, mais les implications du thème sont si vastes qu’on ne peut tout exposer) son humilité même le destine à porter, selon la tradition, Jésus lui-même dans son entrée triomphale dans la ville sainte. Paradoxe de l’écriture évangélique, écho de Beati pauperes spiritu ! Mais, laissant là l’exégèse, contentez-vous de suivre la présence de l’âne en Pays Lyonnais dans l’art sacré, dans la poésie et les légendes religieuses, dans l’histoire complexe de ses désignations et dans la littérature orale populaire (qui est un des thèmes de notre revue). Et surtout, avançant ses arguments de spécialiste d’économie rurale, écoutez l’auteur vous dire que l’histoire de l’âne, à Thurins et ailleurs, est loin d’être close.
Vous escaladez ensuite les pentes ardues de la vallée du Garon, et une fois arrivé sur les hauteurs d’Yzeron, vous voilà transporté dans un temps immémorial. Alors, fuyant l’ère primaire et les pressions insupportables subies par les roches de l’époque, pour passer au tertiaire, dans une étouffante atmosphère tropicale saturée d’eau, vous atterrissez enfin au quaternaire humain, en plein romantisme et en pleine exaltation. Pas un mot de plus : la clé se trouve dans les pages de ce numéro. Bonne recherche !
Résumés des articles de la revue
Les croix de Riverie
Par J. DUPORT
La description des croix de Riverie permet d’évoquer l’histoire et la chronique locales. En outre, du fait de l’attachement traditionnel aux symboles religieux, chacune de ces croix a connu des vicissitudes, que révèlent les recherches d’un érudit. Exemple d’une étude patrimoniale qui peut être effectuée dans de nombreuses communes.
Inventaire des biens meubles et immeubles de la famille de Bron en 1469
Par M. -T. LORCIN
L’inventaire des biens d’une famille noble de Riverie au XVe siècle nous donne un aperçu détaillé du mobilier, du linge, de la vaisselle, du cheptel possédés. En outre, l’histoire de la lignée, de ses alliances, de ses contacts avec la bourgeoisie lyonnaise et avec la principauté de Bourbon permet de définir plus précisément la fonction des de Bron dans la noblesse locale.
Les ânes en Pays Lyonnais : le cas de la commune de Thurins
Par C. FOUGEROUSE
Faute de statistiques rurales détaillées avant 1914, la présence de l’âne apparait être un très bon indicateur de la pauvreté des lieux-dits du terroir local et donc des familles paysannes concernées. A l’opposé, le tourisme vert du XXIe siècle revalorise l’âne qui devient la coqueluche des amoureux de la randonnée pédestre.
Anesse et âne : littérature orale, considérations linguistiques, anecdote ancienne
Par C. LONGRE
Trois témoignages à propos de l’ânesse et l’âne, pour accompagner l’article sur les « ânes de Thurins » : un passage d’une chanson de tradition orale, une notice étymologique à propos de la « souma », et une anecdote lyonnaise du XVIIIe siècle.
Les boules de gneiss d’Yzeron
Par M. BRUNET et C. LONGRE
Après la description de l’origine complexe des rochers « en boules » des Monts du Lyonnais, l’article se consacre plus précisément au territoire d’Yzeron, qui montre de nombreux exemples de ces roches, représentées sur des cartes postales anciennes.
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